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Quels liens entre TCA et SOPK ?

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    Mon Pro TCA
  • il y a 7 jours
  • 5 min de lecture

Le Syndrome des Ovaires Polykystiques (SOPK) est une affection hormonale complexe touchant environ 10 % des femmes. S’il est souvent associé à des troubles de la fertilité, ses répercussions vont bien au-delà : le SOPK engendre un impact psychosocial majeur qui peut altérer le comportement alimentaire.


Le diagnostic du SOPK


Le diagnostic du SOPK repose sur un faisceau d'indices appelé les "Critères de Rotterdam". On confirme la pathologie si au moins deux de ces signes sont présents :

  1. L'irrégularité du cycle : Une ovulation rare (oligovulation) ou absente (anovulation), se traduisant par des cycles irréguliers ou très longs.

  2. L'hyperandrogénie : Le SOPK peut entraîner une production d'androgènes (comme la testostérone) plus élevée que la normale. Elle s'exprime par des signes physiques (acné, pilosité sur des zones inhabituelles, perte de cheveux) ou par un dosage sanguin.

  3. L'aspect des ovaires polykystiques : On observe de nombreux petits follicules via une échographie pelvienne ou un taux élevé de l'hormone AMH par dosage sanguin.


Aujourd’hui, on estime que 7 femmes atteintes de SOPK sur 10 ne sont pas diagnostiquées. En cas de cycles irréguliers, de manifestation d’hyperandrogénie et/ou de difficultés à concevoir un enfant, il est toujours utile de consulter son gynécologue pour faire le point.


Résistance à l’insuline et impact sur la faim


La résistance à l’insuline concerne environ 75 % des femmes atteintes de SOPK de corpulence normale et jusqu’à 95 % de celles ayant un IMC supérieur à 25 kg/m², ce qui en fait un mécanisme central du SOPK, quelque soit le poids.


Comment ça fonctionne ? Le glucose est notre principale source d’énergie. Pour qu’il entre dans les cellules, il faut une hormone-clé : l’insuline. Chez les femmes atteintes de SOPK qui présentent une résistance à l’insuline, les cellules répondent mal à cette hormone : même quand l’insuline est présente, les “portes” des cellules s’ouvrent mal. Le glucose reste alors trop longtemps dans le sang au lieu d’être utilisé comme énergie. Pour compenser, le pancréas produit de plus en plus d’insuline. Cette grande quantité d’insuline produite après les repas finit par forcer l’entrée du glucose dans les cellules, mais trop vite et en trop grande quantité, ce qui provoque ensuite une chute brutale de la glycémie : c’est l’hypoglycémie réactionnelle.


C’est pourquoi les femmes SOPK peuvent avoir faim rapidement après avoir mangé, se sentir fatiguées ou avoir du mal à stabiliser leur poids, même sans excès alimentaire.


Le constat : un risque plus élevé de TCA


Les données les plus récentes soulignent une corrélation entre le SOPK et les TCA. Une méta-analyse publiée en 2024 incluant 20 études et portant sur plus de 28 000 femmes atteintes de SOPK confirme un risque global de TCA chez les femmes SOPK environ 1,5 fois supérieur à celui de la population générale.


L’hyperphagie boulimique (Binge Eating Disorder) est le trouble le plus fortement associé au syndrome (OR = 2,09) : il s’agit de l’ingestion d’une quantité très importante d’aliments avec une perte de contrôle, sans comportements compensatoires (comme les vomissements).


La boulimie nerveuse – associée à des comportements compensatoires – est également plus présente chez les femmes SOPK (OR = 1,34). En revanche, aucune association significative n’a été démontrée pour l’anorexie nerveuse (OR = 0,94, non significatif).


À noter que ce risque persiste quel que soit l’indice de masse corporelle (IMC) des patientes.


SOPK et TCA : pourquoi cette vulnérabilité accrue ?


Les facteurs expliquant le risque plus élevé de troubles du comportement alimentaire (TCA) chez les femmes atteintes de SOPK, indépendamment du poids, ne sont pas encore entièrement compris.


Les femmes SOPK présentent une prévalence plus élevée de nombreux facteurs de risque connus pour les TCA : prise de poids, dépression, anxiété, faible estime de soi et image corporelle négative. Les recherches, notamment celles de Greenwood & al., suggèrent également que des facteurs métaboliques, tels que l’hyperandrogénie et la résistance à l’insuline, pourraient jouer un rôle en perturbant la régulation du poids.


Par ailleurs, bien que les recommandations sur le mode de vie – incluant l’alimentation et l’activité physique – constituent le traitement de première intention pour améliorer les symptômes du SOPK, l’accent mis sur la perte de poids peut engendrer une stigmatisation. Les femmes atteintes de SOPK sont ainsi plus exposées aux régimes restrictifs, qui peuvent favoriser le développement ou l’aggravation des TCA. Insister sur la perte de poids peut également renforcer la détresse psychologique, particulièrement chez celles qui présentent déjà un trouble alimentaire.


Les nouveaux conseils destinés aux femmes SOPK : une approche décentrée de la perte de poids


Les recommandations internationales de 2023 préconisent une approche non restrictive et personnalisée. Celles-ci insistent sur le fait que femmes et les professionnels doivent être informés sur les preuves scientifiques et insistent sur le fait qu’il n’existe aucun régime miracle.


Les principes clés :

  • Une approche centrée sur la santé plutôt que sur le poids : adopter une alimentation saine et durable, qui vous fasse plaisir. Un mode de vie sain présente des avantages sur la gestion des symptômes, même en l'absence de perte de poids. Le rapport de 2023 recommande de suivre simplement les recommandations officielles en nutrition (rendez-vous sur MangerBouger.fr pour en savoir plus).

  • Une approche flexible et co-construite : les changements alimentaires doivent être personnalisés pour atteindre les objectifs nutritionnels souhaités et éviter ainsi tout régime restrictif et déséquilibré. Pour vous accompagner, l’idéal est de faire appel à un diététicien formé.

  • Une activité physique, même modérée est bénéfique : “peu d’activité vaut mieux que pas d’activité du tout”. Elle contribue à la santé cardiovasculaire, à la composition corporelle et au bien-être général.

  • Quelque soit le poids des patientes, la question des TCA devrait être abordée dans tout contexte de gestion du poids ou d’interventions sur le mode de vie.


Dans les “régimes SOPK” qui foisonnent sur Internet, les glucides sont la plupart du temps restreints, voir les sucres considérés comme “à bannir” de leur alimentation. Voici ce qu’en disent Recommandations internationales 2023 de Monash University : “Plutôt que de restreindre les glucides, des recherches suggèrent que la qualité des glucides dans l’alimentation est importante. Les régimes incluant des aliments riches en glucides à haute teneur en fibres et à faible index glycémique, tels que les céréales complètes, les légumineuses et les fruits, semblent réduire les facteurs de risque cardiovasculaire et sont associés à une perte de poids, une moindre incidence de diabète, de maladies cardiovasculaires et de mortalité cardiovasculaire. De plus, le régime méditerranéen est associé à une amélioration de la santé métabolique.”



Le SOPK peut renforcer la vulnérabilité aux troubles alimentaires, surtout sous pression d’une perte de poids. Prioriser le bien-être et une approche alimentaire respectueuse de soi-même est essentielle pour préserver sa santé mentale et physique.



Sources :

  • International Evidence-based Guideline for the assessment and management of Polycystic Ovary Syndrome (PCOS) 2023, Monash University.

  • Cooney LG, & al. Increased Prevalence of Binge Eating Disorder and Bulimia Nervosa in Women With Polycystic Ovary Syndrome: A Systematic Review and Meta-Analysis, JCEM 2024.

  • Simon V, Peigné M. Le retentissement psychosocial du syndrome des ovaires polykystiques, Médecine de la Reproduction 2021.

  • Recomedicales.fr / HAS sur le SOPK

 
 
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